Céleste Derycke





Et sur cette très belle frappe,
le ballon n'a pas bougé
Notes sur les gestes sportifs
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2018 - mémoire de fin d'étude, sous la direction de Pierre Bourdareau
ENSCI Les ateliers

Abstract
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À l’image d’un laboratoire anthropologique et technique, les gestes sportifs sont ici le prétexte et le moyen d’une réflexion sur l’interaction de l’être humain avec son environnement. D’une perfection fascinante, c’est sur leurs apparentes futilités que je m’interroge. Si les gestes techniques de l’artisan produisent un artefact, que fabriquent les gestes sportifs ? Isolés dans un cadre spatio-temporel spécifique, celui du jeu, ils semblent n’avoir d’autre finalité que leurs propres réalisations. Pourtant, ils sont le théâtre privilégié de créations gestuelles.














Démarche

Dans ce mémoire, je décide d’aborder la question du geste par le biais du sport. Ce domaine m’apparaît être un prétexte d’étude riche puisqu'il semble porter le geste au delà d'un simple usage. Mon mémoire est une exploration large de ce qu’implique le geste sportif : de l’origine préhistorique de nos mouvements, à l’influence des lignes du terrain sur les attitudes du sportif.

S’il semble presque acquis de définir le geste sportif comme un geste technique, je m’écarte progressivement de ce constat pour dévier vers des notions plus abstraites liées à des formes de fabrications induites par les gestes :

L’outil - J’explore alors l’influence mutuelle entre le geste et l’outil et la façon dont nous percevons cette interaction.
Le corps - Comment le geste façonne le corps physique et neurologique, et quelle est l’influence de la routine sur le geste.
L’affrontement - Dans une quatrième partie, il est question de l’affrontement, forme de fabrication sociale.
La trajectoire - Et enfin, je m’intéresse à la trajectoire et à l’influence, sur le geste, des espaces sportifs contraints.

Il m’intéresse, autant que possible, de considérer le geste sportif en tant que tel, débarrassé de ses conséquences économiques, médiatiques ou politiques : le geste pour le geste.

Par ce cheminement, j’ai interrogé le caractère intuitif de l’action banale par rapport à l’action réfléchie. Il me plait de penser le mouvement comme un sens a part entière tout autant que l’odorat ou l’ouïe. Il y a un plaisir du mouvement, exécuté ou perçu, comme il y en a un de chacun des autres sens.







"La balle"

C’est par le biais de cet objet sphérique presque évident et universel que je me penche sur la notion d’outil. L’étymologie du mot balle vient de balla et bhel signifiant paquet et gonfler.

En français elle désigne également un colis de marchandises, généralement enveloppées dans une toile : les balles de coton par exemple. Ainsi, je considère chaque balle comme étant composée d’enveloppes successives et d’une matière de remplissage qui lui donnent ces propriétés. Le ballon par exemple est une enveloppe souple remplie de molécules d’air lui donnant la légèreté et le rebond nécessaire.

Cependant, je me pose la question du statut de cet objet : contrairement à l’outil de l’artisan, la balle ne semble produire ni bien, ni richesse. Est-elle un outil sportif ? Et si oui, alors à quoi sert-elle ?

Pour Michel Serres, elle est d’abord utile à faire bouger les corps mais surtout, elle est un outil de lien social, un traceur de relations. Quand ce lien social existe, quand le ballon circule, tout va bien. S’il ne circule plus, tout va mal. C’est elle qui marque le but et non le joueur.
Ainsi, je dégage une sorte de correspondance : quand la balle est petite, comme au tennis de table, les relations sont adverses, quand elle grossit, elle est plutôt la balle des sports collectifs.








"La ligne"

En considérant la notion de mouvement au cœur de la discipline sportive, il est possible de distinguer chaque pratique au regard des trajectoires qu’elle produit.

Ainsi, l’architecte et géographe François Vigneau, propose d’identifier trois catégories d’activités sportives selon l’essence géographique de l’espace  sur laquelle elles se déroulent :
la ligne pour les sports individuels comme les courses,
le rectangle pour les sports de raquette, ou collectifs
le cercle pour les sports de combat.

Ces classements topologiques traduisent en réalité des intentions spatiales. Ils visent fondamentalement soit à conquérir l’espace pour les rectangles et les cercles, soit à s’en affranchir dans le cas des sports lignes.




Je m’amuse de ces représentations géométriques et les mets en parallèle avec des réflexions menées par Kandinsky dans Point, ligne, plan.
Pour lui, la ligne résulte de poussés subies par le point. Si le point ne subit qu’une seule force elle est droite, s’il en subit plusieurs, elle est courbe. Aussi leurs inclinaisons leurs confèrent une sonorité colorée : ligne verticale noire, horizontale blanche, obtus jaune etc.

Alors, le sprinter trace une ligne noire sans agrément, parallèle à celle de ces adversaires, l’escalade est un sport vertical blanc, s’approchant des nuages et des sommets, le golfeur crée des lignes strictes allant du jaune pelouse desséchée au vert sapin, presque bleu.

Ces trajectoires sont des lignes qui correspondent à des mouvements dont on a suivi le tracé. Cependant, pour le sportif, il ne s’agit pas de regarder cette trajectoire se construire derrière lui mais bien de percevoir le mouvement comme une projection. Il pense le mouvement d’abord par sa visée et sa destination.




Natation









Saut de haies









Lancer de poids









Ski